Man Ray et la mode

« ... je voulais lier l’art à la mode » Man Ray

L’exposition tente de mettre en lumière un aspect méconnu du travail de Man Ray.
L’artiste quitte New York en juillet 1921 pour s’installer à Paris sur les conseils de Marcel Duchamp qui l’introduit auprès de la scène dada parisienne. Alors qu’il prend part au mouvement surréaliste, il développe parallèlement une activité de photographe portraitiste qui le conduit progressivement à travailler comme photographe de mode pour le couturier Paul Poiret, puis pour les revues Vogue et Vanity Fair. Durant les années 1930, le magazine américain Harper’s Bazaar publie ses photographies régulièrement.

Man Ray renouvelle la photographie de mode, champ alors en pleine expansion mais encore très souvent cantonné au registre documentaire. Il lui confère une dimension expérimentale, faite d’inventivité technique et d’une liberté de ton inédite, venue de l’art de la scène et de la vie culturelle contemporaine. Les compositions, recadrages, jeux d’ombres et de lumière, solarisations, colorisations sont autant d’innovations qui contribuent à la création d’images en prise avec les développements de la photographie des années 1920 et 1930, dont Man Ray fut l’un des éminents représentants.

Bien que fruits d’une production intense, à laquelle l’artiste consacra une grande partie de sa carrière, ses photographies de mode demeurent encore aujourd’hui relativement méconnues.

L’exposition au Musée Cantini permet d’aborder l’enrichissement permanent et réciproque qui existe entre les projets artistiques de Man Ray et les productions assujetties à une commande commerciale, comme c’est le cas de ses photographies de mode et publicitaires, à l’instar de la série des Larmes, qui, si elle incarne aujourd’hui l’un des emblèmes de la photographie surréaliste, fut d’abord une publicité pour un produit cosmétique. Les photographies, parmi lesquels des tirages originaux, un ensemble de négatifs, ainsi que des tirages modernes de grands formats dialogueront avec les revues de mode, à l’origine de la réalisation de ces images. Celles-ci sont largement représentées au sein de l’exposition, afin de mettre en lumière leur rôle dans la diffusion d’une nouvelle esthétique.

En contrepoint de l’exposition « Man Ray, photographe de mode », le Château Borély Musée des Arts décoratifs, de la faïence et de la mode propose un parcours sur deux étages consacré à « La Mode au temps de Man Ray ». Centrée sur l’entre-deux-guerres, l’exposition offre une vision large de la mode.

Occupant les grands salons du Château Borély, la mode du soir met en évidence les profondes évolutions qui surviennent en quelques années : de courtes, droites et flottantes dans les années 1920, les robes deviennent longues et ajustées lors de la décennie suivante. Les modèles sont griffés de maisons prestigieuses :
Augustabernard, Callot Soeurs, Chanel, Nicole Groult, Jeanne Lanvin, Louiseboulanger, Molyneux, Jean Patou, Paquin, Paul Poiret, Maggy Rouff, Elsa Schiaparelli, Madeleine Vionnet ou Worth.
Ces créations se destinent à une clientèle huppée que fréquente Man Ray. C’est ce que rappelle un diaporama regroupant des portraits de personnalités habillées par Chanel (deux de ces robes, photographiées par Man Ray, sont présentes dans l’exposition). Venant animer les chroniques mondaines dont sont friandes les lectrices de Vogue, Vanity Fair ou Harper’s Bazaar, ces images, avec les recensions saisonnières et la publicité, donnent le ton. Les tendances sont suivies par les grands magasins, par les couturières de quartier et les nombreuses ménagères qui confectionnent elles-mêmes leurs vêtements. Comme le montrent des magazines numérisés, ces chroniques sont assorties de recommandations pléthoriques sur les convenances, qu’il importe de respecter…

Car la mode, ce n’est pas que des vêtements ! C’est avant tout une attitude, une manière d’être, que Man Ray a su capter à merveille. Et c’est aussi ce qu’entend démontrer la Galerie de la mode. Animée par des films d’époque, la Galerie offre une vision plus analytique : on y observe l’évolution de la coupe d’une décennie à l’autre (infographie) et le rôle de la lingerie dans la construction des apparences. On y voit que dès les années 1920, la beauté fait son entrée dans la mode avec la coiffure et le maquillage, évoqués par un film et des bustes de coiffeur très surréalistes (la thématique du mannequin est chère à Man Ray).

Le reste de la Galerie est dévolu à l’étude de la mode selon les heures du jour, avec des pièces « sport » exceptionnelles de Patou, Jenny, Hermès, issues des collections des Musées de Marseille. Cette présentation se complète de 48 reproductions d’autochromes du Musée départemental Albert-Kahn, qui témoignent des modes telles qu’elles ont été portées. La visite s’achève par une évocation du mariage à Marseille, fruit d’une collecte photographique réalisée en 2018-2019 auprès des Marseillais.
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