Joséphine, la passion des fleurs et des oiseaux. Musée national des châteaux de Malmaison et de Bois Préau, 02 avril – 30 juin 2014

Elle se nommait Rose. Ce prénom, elle l'avait reçu à sa naissance, en hommage à ses grands-parents Tascher et à cette sainte de Lima que le pape Clément X avait donnée en 1671 comme patronne à l'Amérique. Mais Napoléon, qui le trouvait niais, avait exigé qu'elle en changeât avant de l'épouser. De Joseph, qu'elle tenait en second prénom de son père, il tira la forme féminisée, jugée plus élégante, de Joséphine. Elle avait déjà trente-trois ans et elle entra sous ce nom dans l'histoire. Le J, bientôt, s'inscrirait en majuscule, surmonté de la couronne impériale, sur le moindre de ses effets personnels, mais elle ne renonça jamais complètement au Rose de ses jeunes années. S'il fut rayé de son état-civil, il se transfigura en une passion pour les fleurs et les oiseaux. Et il n'est pas impossible qu'au fond d'elle-même, d'une certaine manière, elle soit demeurée fidèle à la petite Yeyette, comme on l'appelait du temps où elle vivait avec les siens sur l'habitation des Trois-Ilets.

À regarder de près les embellissements qu'elle apporta à Malmaison, et les moyens, souvent spectaculaires, qu'elle mit en oeuvre pour parvenir à ses fins, dépensant sans compter et toujours au-delà du raisonnable, on devine les visions qui l'habitaient : les jardins plantés d'indigo, les champs de cannes à sucre aux alignements rigoureux, les chemins bordés de haies vives de citronniers et d'orangers toujours verts, offrant des fleurs qui réjouissaient la vue et embaumaient l'air, des fruits en abondance, le caféier montant à l'assaut des montagnes, la mer à l'infini bornant l'horizon, autant d'images gravées dans ses souvenirs, de senteurs parfumant sa mémoire. Cette poursuite d'une Arcadie perdue, qui l'animait, donna naissance à une réalisation unique en son temps.

D'autres parcs d'agrément, à la même époque, pouvaient rivaliser avec le sien, à commencer par celui de son beau-frère Joseph Bonaparte à Mortefontaine, mais personne ne pilota mieux qu'elle la botanique, excepté les professeurs du Museum d'histoire naturelle de Paris. Elle vécut dans la plus grande intimité avec ses plantes, qu'elle considérait comme ses pensionnaires et dont la culture faisait ses délices. « C'est pour moi un bonheur inexprimable, confiait-elle à Thibaudeau, de voir se multiplier dans mes jardins les végétaux étrangers. » Sa seule ambition fut de posséder le plus beau et le plus curieux jardin de l'Europe. Elle voulut qu'on s'y crût comme au milieu des forêts de l'Amérique. Son locus amoenus restituerait le jardin de son enfance. Pour parvenir à ses fins, elle expédia sur les mers lointaines des botanistes-explorateurs pour collecter des plantes et des animaux rares. Acclimater à Malmaison toutes ces plantes nouvelles, qu'elle offrait à la patrie, fut, assurément, son plus beau titre de gloire. « La botanique, notait Madame de Chastenay dans ses Mémoires, lui doit en partie l'extension qu'elle acquit vers ce temps en France »,

Mais elle recherchait également dans les plantes, l'élégance, le coloris et le doux parfum de leurs fleurs. Ses vues n'étaient donc pas que scientifiques, elles répondaient également à son besoin irrépressible d'accumuler les belles choses. Mlle Avrillion, sa fidèle première femme de chambre, reconnaissait qu'elle avait un goût immodéré pour tout ce qui était beau. Aussi, « tous les objets d'art, quel qu'en fût le prix, devaient lui appartenir », même ceux qui ne lui étaient d'aucune utilité. En effet, elle ne savait vivre que dans le raffinement le plus extrême, dans ce superflu dont Voltaire disait qu'il était chose nécessaire et qui la rassurait. Madame de Chastenay ne s'y trompait pas quand elle écrivait: « De toutes les parties de l'Europe on lui envoyait les objets qui pouvaient sembler de quelque prix... Le luxe des plantes, que la botanique avait depuis peu fait connaître, rendit le marché aux fleurs une sorte de musée. »

Elle sut combiner habilement l'utile et l'agréable ; elle contribua à l'enrichissement de la connaissance scientifique, tout en satisfaisant sa passion du luxe. Le parc de Malmaison tenait du jardin d'acclimatation, mais, par les collections botaniques si précieuses qu'on cultivait dans ses serres, il était aussi le signe d'une perfection infiniment plus grande. Cette nature apprivoisée et recomposée selon sa volonté, fut le miroir qui lui renvoyait l'image qu'elle voulait donner d'elle. Elle accomplit le geste auguste du semeur, si cher à Victor Hugo, et déploya autour d'elle, colorée et brodée comme un manteau de cour, une parure de verdure, piquée de roses, de magnolias, de pivoines, de rhododendrons et de bruyères en fleur.

Autour d’une cinquantaine d’oeuvres, cette exposition propose de faire revivre la passion que Joséphine vouait aux fleurs et aux oiseaux.

commissariat :
Amaury Lefébure, Conservateur général du Patrimoine, Directeur du musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.
Christophe Pincemaille, chargé d'études documentaires au musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.
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